Hong Kong craint pour son autonomie après le limogeage de son numéro un

Publié le par Louis Selapa

La "démission" par Pékin du numéro un de Hong Kong, Tung Chee-hwa, annoncée par la presse locale, marque une ingérence grandissante du pouvoir communiste et fait craindre pour les libertés promises lors de la rétrocession de la colonie britannique, selon les observateurs."Cela pourrait jeter une ombre sur le concept "un pays, deux systèmes" : lance le quotidien de langue anglaise South China Morning Post dans un éditorial publié jeudi, se faisant l'écho des inquiétudes ressenties à Hong Kong après le limogeage du chef de l'exécutif, annoncé comme certain par l'ensemble des médias locaux.

Le principe "Un pays, deux systèmes" avait été arraché à Pékin lors des négociations ayant mené à la rétrocession en 1997 de l'ancienne colonie britannique. Le pouvoir communiste acceptait de permettre à Hong Kong, durant encore cinquante ans, de garder son système capitaliste ainsi que ses libertés, en particulier de presse et d'opinion, en dépit de sa réunification avec la mère patrie.

Le pouvoir communiste a cependant prévu de nombreux remparts. Le chef de l'exécutif est ainsi nommé par un collège électoral acquis à Pékin. Mais l'enclave, devenue "Région administrative spéciale" (RAS), se voyait garantie une "large autonomie" par une Loi fondamentale distincte de la Chine.

La "démission" de M. Tung vient sérieusement battre en brèche ce principe, selon le journal : "Si le gouvernement central le chasse effectivement de son poste, on s'éloignera de l'idée selon laquelle les Hongkongais gèrent Hong Kong".

La manière dont Pékin traite le cas Tung est révélatrice d'un système plus proche du régime autoritaire chinois que d'une enclave moderne et libre à la hongkongaise, souligne Christine Loh, responsable de l'organisme indépendant Echange Civique.

"Il y a peu de transparence et de sens des responsabilités", accuse-t-elle dans sa lettre d'informations quotidienne.

Tandis que le départ de M. Tung est annoncé depuis plusieurs jours dans toute la presse locale, Pékin et le gouvernement hongkongais sont toujours bouches cousues. "C'est du théâtre chinois à son plus haut niveau", ironise-t-elle.

"C'est ce qui arrive quand vous avez un système farfelu", lançait jeudi matin sur la radio RTHK Steve Vines, fin observateur de la vie politique locale. "Personne n'est consulté, personne n'est tenu au courant", tempête-t-il.

Un haut responsable admettait, sous couvert d'anonymat, que c'est Pékin qui décide. "Cela a toujours été dans les mains de la Chine. Ce sont eux les patrons", avoue-t-il.

Mais le silence pourrait se retourner contre le pouvoir communiste, avertit Mme Loh. "Le danger de garder le secret plus longtemps est que cela sera perçu comme une nouvelle crise au sein du pouvoir... sauf que, cette fois, cela touchera Pékin", explique-t-elle.

Selon les observateurs, le limogeage de Tung Chee-hwa, qui devrait être officiellement annoncé dans les prochains jours, est dû à son incapacité à faire face à une popularité en chute libre.

Le chef de l'exécutif a été victime de plusieurs crises, notamment économique, mais il s'est surtout retrouvé en butte aux velleités démocratiques de la population qui est massivement descendue dans la rue à plusieurs reprises pour réclamer de véritables élections au suffrage universel, ce dont Pékin ne veut pas entendre parler.

Les inquiétudes quant à la pérennité des libertés se font régulièrement jour à Hong Kong. Elles avaient notamment surgi l'an dernier lors du départ de plusieurs animateurs radio critiques à l'égard de Pékin, qui ont affirmé avoir reçu des "menaces".

 

Sources : AFP, South China Morning Post

Publié dans Nouvelles de Chine

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