La grand-messe chinoise de l'Assemblée nationale populaire, rare occasion d'entrevoir les coulisses du pouvoir

Publié le par Louis Selapa

La session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP) qui commencera samedi à Pékin, tient surtout de la mise en scène politique, mais dans un pays où toutes les décisions sont prises dans le plus grand secret, cela représente une rare occasion d'apercevoir les coulisses du pouvoir.

L'ordre du jour sera dominé cette année par un projet de loi anti-sécession destiné à contrecarrer les velléités indépendantistes de Taïwan, que la Chine considère comme partie intégrante de son territoire. Les Taïwanais craignent que ce texte ne fournissent un prétexte pour les attaquer.

Parallèlement, la démission annoncée du numéro Un de Hong Kong, Tung Chee-hwa, apparaît comme l'indice de la volonté de Pékin de couper court aux demandes d'élections au suffrage direct. Tung Chee-hwa devrait être nommé vice-président de la Conférence politique consultative, qui conseille le pouvoir.

Convoqués au Grand palais du peuple, les quelque 3.000 délégués se contenteront d'enregistrer une législation déjà approuvée par le Parti communiste (PCC, au pouvoir). Supposément choisis pour leur expertise et leur capacité à faire remonter les problèmes rencontrés au quotidien dans leur circonscription -corruption, fossé entre riches et pauvres, fragilité du système financier...-, ces délégués sont en réalité désignés par le gouvernement pour leur loyauté envers le régime. "Ils ne représentent pas le peuple de Chine", estime Paul Harris, professeur de politique à l'Université Lingnan de Hong Kong.

Alors que le pays évolue rapidement, aussi bien en ce qui concerne les affaires que la technologie et même la gestion politique des villages, l'ANP apparaît comme une relique du passé dont la principale vertu consiste en ce qu'elle laisse entrevoir des intentions d'un gouvernement de plus en plus sûr de l'importance croissante de la Chine dans le monde, et capable de réprimer prestement toute opposition au régime de parti unique.

Cette session-ci devrait voir l'ancien président Jiang Zemin renoncer à son dernier poste officiel, largement honorifique, de président de la Commission militaire centrale qui supervise l'Armée populaire de libération. Le président actuel Hu Jintao devrait lui succéder et le gouvernement saisira probablement cette occasion de célébrer la continuité du pouvoir communiste.

Réunis à huis clos, les délégués discuteront de l'élimination de la corruption, de l'amélioration de la sécurité au travail, de l'augmentation du revenu rural, de la protection d'un environnement dévasté, et des moyens d'empêcher toute remise en cause de la politique ou des dirigeants. Il sera aussi question des mesures à prendre pour décourager l'avortement des foetus féminins dans un pays où l'on compte 117 naissances de garçons pour 100 de filles. Les législateurs approuveront par ailleurs les objectifs économiques et budgétaires pour 2005, et notamment, selon toute probabilité, un bond des dépenses militaires.

Dans ce ballet bien réglé, toute note discordante prend un relief particulier. "Le rôle de l'ANP est plus important qu'auparavant", estime Song Xinning, professeur de relations internationales à l'Université populaire de Pékin, ajoutant que les débats sur la corruption et les réformes judiciaires ont tendance à faire ressortir les griefs.

En attendant le début de cette grand-messe, la sécurité est déjà renforcée dans la capitale. La police bloque l'accès à la place Tiananmen ainsi qu'au Grand palais du peuple et les Chinois qui viennent à Pékin pour se plaindre sont renvoyés chez eux, parfois battus et arrêtés. Les autorités comptent surveiller les forums de discussion des sites Internet chinois 24h sur 24 afin de censurer toute dissidence. Même les avions télécommandés et les montgolfières seront interdits, afin "de prévenir toute attaque terroriste", selon l'agence de presse officielle Chine nouvelle.

 

Sources : AP

Publié dans Nouvelles de Chine

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