Succession à Hong Kong: les démocrates dénoncent la main de Pékin

Publié le par Louis Selapa

Les opposants démocrates ont dénoncé vendredi la mainmise de Pékin dans la "démission" du numéro un de Hong Kong, Tung Chee-hwa, et dans le processus de sélection de son successeur, exigeant une nouvelle fois l'instauration d'une véritable démocratie dans l'ancienne colonie britannique. "Depuis le début, nous notons une ingérence importante de Pékin. La population de Hong Kong ne jouit pas du haut niveau d'autonomie qu'on lui avait promis": pour Jackie Hung, porte-parole du Front civil des droits de l'homme, la "démission" annoncée jeudi par Tung Chee-hwa prouve si besoin en était que Pékin ne respecte pas l'engagement pris lors de la rétrocession à la Chine en 1997.

En vertu du principe "un pays, deux systèmes", le pouvoir communiste avait garanti pendant 50 ans le droit de conserver une économie capitaliste et des droits démocratiques.

"Tung Chee-hwa a été choisi par Pékin et voyez la catastrophe", ajoute-t-elle, en référence à l'impopularité du leader dont le départ est largement applaudi par la presse.

L'organisation compte donc répéter, lors d'une manifestation prévue dès ce vendredi soir, une revendication vieille de plusieurs années : que les quelques sept millions de Hongkongais aient le droit d'élire au suffrage universel leur "chef de l'exécutif" et l'ensemble des députés, demande à laquelle Pékin avait déjà opposé l'an dernier une fin de non recevoir.

Le numéro un de Hong Kong est actuellement nommé par un comité de 800 représentants largement acquis à Pékin.

M. Tung, qui était devenu en 1997 le premier dirigeant chinois de Hong Kong, "ne se condidérait lui-même responsable que devant le gouvernement central (Pékin) et non devant la population de Hong Kong", ajoute le vice-président du parti Démocratique, Albert Ho.

Les "raisons de santé" avancées par M. Tung pour son départ ne convainquent ainsi que peu de Hongkongais, qui croient plutôt qu'il a été "démissionné" par Pékin en raison d'une impopularité devenue trop encombrante.

Le quotidien Ming Pao cite des sources non identifiées pour affirmer que, même si le numéro un souffre bien d'un problème sérieux à un pied, cela n'est pas suffisant pour le contraindre à la démission.

La mainmise de Pékin est telle, selon le Standard, que Hong Kong n'est "plus que la plus grande des petites villes de Chine", écrit son éditorialiste, qui conseille ironiquement de renommer le poste de "chef de l'exécutif", celui de Tung Chee-hwa, en "maire de Hong Kong".

Le mode de sélection du successeur de M. Tung suscite lui aussi la controverse. M. Tung a confirmé jeudi que, en vertu de la Loi fondamentale, le numéro deux du gouvernement, Donald Tsang, reprenait le flambeau. Selon la Loi, il devrait rester six mois maximum avant qu'un nouveau dirigeant soit désigné.

Mais, tandis que la Constitution prévoit que tout mandat dure cinq ans, Pékin souhaiterait ne maintenir M. Tsang que durant les deux ans restants de l'actuelle échéance, soit jusqu'en juillet 2007. Ce serait là un moyen de mettre à l'essai ce grand commis de l'Etat parfois jugé par Pékin trop catholique et trop proche de l'ancienne puissance coloniale britannique.

"C'est cinq ans, pas deux... Il est possible que quelqu'un lance une action en justice", avertit Philip Dykes, bâtonnier de Hong Kong, dans le Financial Times.

Le combat des démocrates a reçu l'appui de Washington. "Nous continuerons à soutenir avec force les aspirations de la population de Hong Kong pour une démocratie via le suffrage universel, comme il est inclus dans la Loi fondamentale et le principe un pays, deux systèmes", a déclaré le porte-parole du Département d'Etat américain, Adam Ereli.

La mini-Constitution de Hong Kong prévoit l'instauration du suffrage universel mais sans calendrier.

Le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, Chris Patten, a souhaité que le successeur de M. Tung "soit capable de persuader Pékin que le temps est venu d'établir un plan réaliste pour transformer Hong Kong en une société plus démocratique".

 

Sources : AFP, Ming Pao / 明报, The Standard, Financial Times

Publié dans Nouvelles de Chine

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