Manifestation à Taïwan contre les menaces de Pékin

Publié le par Louis Selapa

Environ un million de Taïwanais ont manifesté samedi dans la capitale Taïpeh contre la loi antisécession récemment adoptée par la Chine, qui autorise le recours à la force en cas de déclaration d'indépendance de l'ancienne Formose.

Le président Chen Shui-bian, favorable à l'indépendance formelle, a participé à cette marche, de même que l'ancien président Lee Teng-hui, qui s'est rallié à l'indépendance depuis la fin de son mandat en 2000. La vice-présidente Annette Lu a aussi fait une brève apparition. Taïwan est indépendante de facto depuis 1949.

Les manifestants se sont rassemblés en dix points de la capitale, censés représenter les dix articles de la loi antisécession de Pékin. Ils ont ensuite convergé sur le grand boulevard menant à la présidence taïwanaise. Selon une estimation de la police, environ un million de personnes participaient à cette manifestation, l'une des plus importantes de l'histoire de l'île qui compte 23 millions d'habitants.

Les nationalistes du Kuomintang, qui ont longtemps monopolisé le pouvoir et sont partisans de ne pas rompre totalement les amarres avec le continent n'ont pas participé au défilé. Des rassemblements de soutien beaucoup plus modestes ont aussi eu lieu à Hong Kong, avec une centaine de personnes, ainsi qu'à Bruxelles et Los Angeles.

De grands portraits de personnalités considérées comme alliées, notamment le président américain George W. Bush et le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi, étaient brandis par la foule. Washington et Tokyo ont assuré Taïpeh qu'ils ne resteraient pas passifs en cas d'agression. Bon nombre des protestataires portaient des bandeaux de couleur verte sur lesquels étaient inscrits ces mots: "Démocratie, paix, protégez Taïwan".

Deux gigantesques ballons dominaient le défilé: un blanc haut de cinq étages représentant la paix, et un modèle équivalent représentant un oursin de la mer Rouge, ses aiguilles symbolisant les missiles que la Chine pointe sur Taïwan. Avant la dispersion, l'oursin a été dégonflé et des manifestants ont grimpé dessus pour tenter de le tailler en pièces. Des drapeaux chinois ont aussi été déchirés mais la police a empêché les manifestants de les brûler.

Depuis la fin de la guerre civile qui a vu la prise du pouvoir par les communistes à Pékin alors que les nationalistes se repliaient à Taïwan, Pékin et Taïpeh se disputent la représentation de la patrie: le premier sous l'appellation "République populaire de Chine", le second comme "République de Chine". Cette dernière a occupé d'ailleurs pendant de nombreuses années le siège de la Chine aux Nations unies avant d'en être évincée par Pékin lorsque le régime communiste a fini par être reconnu par les grandes puissances occidentales.

Alors que les liens sont de plus en plus étroits entre les deux rives du détroit de Formose, sur le plan économique en particulier, Pékin voit d'un très mauvais oeil la dérive indépendantiste de l'île.

Le président Chen a ainsi été élu sur une plateforme politique prévoyant à terme que la "République de Chine" devienne ce qu'elle est de fait, une "République taïwanaise" qui n'aurait plus la prétention de représenter aussi les Chinois du continent, soixante fois plus nombreux.

"Taïwan est seulement une petite île, alors nous devons parler vraiment fort pour que le monde entende que nous sommes une démocratie face à un géant malfaisant", expliquait Vivian Wang, une manifestante employée de restaurant de 38 ans, venue en autocar depuis de la ville de Kaohsiung (sud), située à environ 300km de Taipeh.

 

Source : AP

Publié dans Nouvelles de Chine

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