La levée de l'embargo sur les armes vers la Chine s'éloigne

Publié le par Louis Selapa

La perspective d'une levée de l'embargo européen sur les exportations d'armes à destination de la Chine dès le mois de juin s'est éloignée vendredi, malgré la volonté affichée par la France et l'Allemagne d'y parvenir.

Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq ont débattu de ce dossier sensible à huis clos au Luxembourg, dans le cadre plus large des relations entre l'Union et un pays qui pèse de plus en plus lourd dans les relations internationales.

"La croissance de la Chine change l'équilibre du monde", peut-on lire dans un rapport préparé pour les ministres : après avoir quadruplé la taille de son économie ces 20 dernières années, ce pays fera un nouveau bon équivalent d'ici à 2020.

Cela pose déjà des problèmes aux autres grands ensembles commerciaux - la Chine a par exemple des excédents impressionnants avec les Etats-Unis et l'UE, comme l'illustre l'invasion des textiles chinois depuis le début de l'année.

Le rapprochement entre l'UE et la Chine est par ailleurs caractérisé par une collaboration très étroite, de la lutte contre l'immigration illégale à la participation chinoise au système Galileo de navigation par satellite, concurrent du GPS.

Mais l'embargo européen sur les armes imposé en 1989 au lendemain du massacre de la place Tiananmen fait planer une ombre sur ces relations : Pékin ne supporte pas d'être placé dans la même catégorie que la Birmanie, le Soudan ou le Zimbabwe, les trois autres seuls pays à figurer sur cette "liste noire".

TAIWAN A L'AVANT-PLAN

La France et l'Allemagne ont donc pris la tête d'une croisade pour obtenir la levée d'un embargo qu'ils jugent anachronique et ont été suivis par de nombreux pays.

Mais les choses paraissent aujourd'hui moins bien engagées qu'en décembre dernier, lorsque les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE avaient pris la décision de principe de lever l'embargo une fois que certaines précautions, notamment le renforcement du code européen de conduite sur les exportations d'armes, auront été prises, ce qui est techniquement le cas.

Certes, la présidence luxembourgeoise de l'UE, maintient le cap qui lui a été fixé et garde en vue l'échéance de juin.

Mais Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, n'a pas caché les multiples obstacles qui risquaient d'empêcher les Européens d'aller de l'avant.

"La décision sur la levée de l'embargo ne se prend pas dans un vacuum", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse. "La situation dans la région est bien évidemment prise en compte".

L'adoption par Pékin d'une loi anti-sécession contre Taiwan autorisant le recours à la force militaire si l'île déclarait son indépendance, qui s'ajoute aux critiques vis-à-vis du respect des droits de l'homme en Chine, a changé la donne.

Même Michel Barnier, le ministre français des Affaires étrangères, qui a jugé "souhaitable et réaliste que l'on s'en tienne au mandat fixé à l'unanimité par les chefs d'Etat et de gouvernement", a reconnu la difficulté.

"C'EST MORT", DIT UN MINISTRE

"C'est vrai que cette loi anti-sécession ne simplifie pas les choses", a-t-il souligné après la réunion, tout en soulignant que la levée de l'embargo revêtait pour la France une dimension politique beaucoup plus que militaire.

Un ministre a résumé en privé la situation: "La levée de l'embargo, c'est mort pour cette année", a-t-il dit.

Il faut y ajouter l'intense pression américaine.

Les Etats-Unis sont en effet vivement opposés à une mesure qui, selon eux, modifierait la donne en apportant à la Chine, qui n'accepte par la domination américaine sur le monde, des technologies militaires de pointe, et, surtout, régionale.

Dans un rapport préparé pour les ministres, le porte-parole de la diplomatie européenne, Javier Solana, souligne que les moyens militaires chinois, notamment en matière de matériel amphibie, semblent pour l'essentiel dirigés vers Taïwan.

Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui se trouvait vendredi à Washington pour une réunion des ministres des Finances du G7 où il représente la zone euro, a d'ailleurs eu la "surprise" d'être invité à la Maison Blanche pour y rencontrer George Bush et débattre du dossier, a annoncé la présidence luxembourgeoise de l'Union européenne.

Si l'embargo est maintenu, le Royaume-Uni, qui assumera la présidence de l'UE à partir du 1er juillet, sera dans une position plus que délicate face à la Chine.

Tony Blair devra en effet gérer pendant sa présidence un sommet UE-Chine et une visite officielle de la reine d'Angleterre à Pékin qui s'annoncent plus que difficiles si l'embargo est toujours en place et partiellement par sa faute.

Mais son pays est un acteur important dans l'industrie américaine de l'armement et sera donc la première victime d'éventuelles mesures de rétorsion américaines.

Source : Reuters

Publié dans Nouvelles de Chine

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