La visite de Machimura ne dissipe pas la tension avec la Chine

Publié le par Louis Selapa

La visite à Pékin dimanche du chef de la diplomatie japonaise n'a pas permis de résoudre le contentieux actuel entre la Chine et le Japon. Pékin refuse de présenter des excuses pour les manifestations antijaponaises parfois violentes dans ses villes, ce que Tokyo juge "regrettable".

Les Chinois sont indignés par un nouveau manuel d'histoire japonais qui tait les atrocités commises par l'armée japonaise durant l'occupation de la Chine de 1931 à 1945, notamment lors du massacre de Nankin en 1937. Pékin s'oppose d'autre part catégoriquement à ce que le Japon le rejoigne au sein du petit groupe de puissances ayant un siège de membre permanent - et donc un droit de veto - au Conseil de sécurité de l'Onu.

"Le gouvernement chinois n'a jamais rien fait dont il ait à s'excuser auprès du Japon. Le principal problème, actuellement, c'est que le gouvernement japonais a fait une série de choses qui blessent les sentiments du peuple chinois (...) et notamment dans son traitement de l'histoire", a fait valoir le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing.

Le Japon demande des dédommagements pour les attaques dont ont été la cible les intérêts japonais en Chine depuis 15 jours et souhaite aussi des excuses officielles, mais Li n'a offert ni l'un ni l'autre, a déclaré à la presse le porte-parole du ministère nippon des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie japonaise, Nobutaka Machimura, a jugé regrettable que la Chine refuse de s'excuser, écrit l'agence de presse japonaise Kyodo, ajoutant que le ministre, lors de son entretien avec Li, a fait savoir que le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, serait le bienvenu en visite au Japon.

"Les Chinois n'ont pas cessé de dire que la racine du problème était la question de l'histoire et nous n'avons pas pu trouver de terrain d'entente. Je trouve cette attitude décevante", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

"De même, il est regrettable que les hauts dirigeants chinois n'aient pas semblé comprendre que les Japonais avaient été grandement choqués par ce qui s'est passé", a-t-il continué.

Machimura a proposé qu'une rencontre ait lieu entre le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi et le président chinois Hu Jintao en marge, dans les jours à venir, du sommet de Djakarta pour le cinquantenaire de la conférence des non-alignés à Bandung. Li s'est borné à dire que les autorités chinoises allaient étudier l'idée.

Machimura a annoncé en outre que Pékin et Tokyo évoqueraient en mai leur contentieux sur l'exploration gazière en mer de Chine orientale, un des points d'accroc qui minent actuellement les relations bilatérales.

La vague d'hostilité anti-nippone, qui a affecté encore dimanche une dizaine de grandes villes, a été déclenchée il y a 15 jours par la révision des manuels d'histoire au Japon, qui vise à atténuer les atrocités commises par l'armée impériale durant la période d'occupation de la Chine.

Un étroit dispositif de sécurité a permis d'éviter ce week-end tout incident à Pékin, où des centaines de policiers anti-émeutes protégeaient l'ambassade du Japon et la résidence de l'ambassadeur. La place Tienanmen restait sous haute surveillance policière.

Le calme est également revenu à Shanghai, où 20 000 personnes avaient manifesté la veille contre Tokyo aux cris de "Mort à l'envahisseur japonais" et "Assumez l'Histoire!". Le consulat du Japon et de nombreux restaurants nippons avaient été bombardés de projectiles divers. Faisant état de deux blessés parmi les ressortissants japonais, le consulat du Japon à Shanghai a déclaré: "C'est profondément regrettable et nous protestons fermement."

Selon la télévision de Hong Kong, où des milliers de Chinois ont défilé pour la première fois, pacifiquement, pour conspuer le Japon, les manifestations se sont poursuivies dans une dizaine de grandes villes de Chine, notamment à Donguan, Chengdu, Shenzhen. A Shenyang, en Mandchourie, 2 000 personnes ont bombardé d'oeufs et de bouteilles le consulat du Japon.

Ces manifestations font craindre aux autorités japonaises des représailles dans l'archipel. Un homme qui venait de jeter une bouteille sur le consulat de Chine à Osaka, dans l'ouest du Japon, s'est immolé par le feu pour échapper à la police. Celle-ci a renforcé les mesures de sécurité autour de l'ambassade de Chine et de tous les autres locaux et résidences diplomatiques chinois dans le pays. Des extrémistes de droite ont circulé dans Tokyo dimanche à bord de camions équipés de haut-parleurs. La police les a empêchés de s'approcher de l'ambassade de Chine.

Le Japon craint l'impact de ces manifestations sur l'image du pays à l'étranger et les conséquences pour ses entreprises, notamment en Chine, a déclaré le ministre nippon du Commerce, Shoichi Nakagawa. Les échanges commerciaux sino-japonais se chiffrent à 178 milliards de dollars annuellement.

Source : Reuters

Publié dans Nouvelles de Chine

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