Taïwan : le chef de l'opposition en route pour la Chine

Publié le par Louis Selapa

Le chef de l'opposition taïwanaise a quitté Taipei mardi pour une visite historique, mais controversée, en Chine, et des heurts violents ont eu lieu à l'aéroport entre des manifestants l'accusant de brader les intérêts de Taïwan et des partisans d'un rapprochement avec Pékin. M. Lien Chan est le premier dirigeant du Kuomintang à se rendre sur le continent depuis la défaite des nationalistes face aux communistes de Mao Tse-toung en 1949 et leur fuite à Taïwan, autrefois appelée Formose.

Sa visite a provoqué une controverse dans l'île et des groupes de manifestants, les uns le soutenant, d'autres le critiquant, se sont lancés des oeufs, pierres, pétards et billes d'acier dans le hall de l'aéroport Chiang Kai-shek de Taipei à son départ. La police n'a pas réussi à empêcher des centaines de manifestants indépendantistes de pénétrer dans le hall où ils se sont affrontés avec une centaine de partisans de M. Lien. Selon des images télévisées, plusieurs personnes ont été blessées, dont deux hommes saignant de la tête. Certains en sont venus aux mains tandis que d'autres se battaient à coups de bâtons servant à porter des banderoles.

Des centaines d'autres partisans des deux camps ont manifesté à l'extérieur de l'aéroport. Les indépendantistes brandissaient des banderoles sur lesquelles était proclamé "Lien Chan vend Taïwan". "Nous espérons mettre à profit cette visite pour mieux nous informer sur les dernières évolutions sur le continent et échanger des opinions avec les dirigeants sur les questions de la paix, de l'économie, des échanges commerciaux et culturels", a commenté M. Lien. Celui-ci doit rencontrer le président chinois Hu Jintao vendredi lors de sa tournée de huit jours qui le mènera à Nankin, Pékin, Xian, où il est né, et Shanghaï.

"Je pense que les gens des deux côtés du détroit (de Formose) devraient saisir l'occasion pour créer une situation où chacun a tout à gagner", a dit M. Lien. Sa visite semble indiquer que la Chine a décidé de jouer la carte de l'opposition, majoritaire au parlement taïwanais, pour contrer le président Chen Shui-bian, un indépendantiste bête noire de Pékin. Son élection en 2001 a marqué la fin de plus d'un demi-siècle de pouvoir du KMT à Taïwan. Il a été réélu de justesse l'an dernier.

La visite inédite survient dans une période de tension provoquée par l'adoption le mois dernier par le parlement chinois d'un loi légitimant une intervention militaire contre l'île si elle déclarait officiellement son indépendance. Dans ce contexte, les autorités taïwanaises ont mis en garde M. Lien contre le risque de faire le jeu de Pékin qui réclame le retour de l'île sous sa souveraineté. Des médias taïwanais ont émis l'hypothèse que M. Lien pourrait déclarer en Chine la fin officielle de la guerre civile. "Si M. Lien signe un accord quelconque avec Pékin sur une question du ressort du gouvernement, il violera la loi", a, à cet égard, averti Joseph Wu, le responsable du Conseil des affaires continentales chargé des relations taïwano-chinoises.

Mais le président Chen, après avoir accusé M. Lien de brader l'intérêt national, a fait volte-face à la dernière minute, apparemment sous la pression des Américains. "Nous pouvons considérer ces visites comme des jalons exploratoires et leur donner notre bénédiction", a déclaré son porte-parole.

Source : AFP

Publié dans Nouvelles de Chine

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