Pékin et le Kuomintang mettent fin à six décennies d'hostilités

Publié le par Selapa

Les dirigeants nationalistes chinois du Kuomintang (KMT), aujourd'hui dans l'opposition à Taiwan, et les autorités communistes de Pékin ont conclu vendredi un accord pour mettre fin aux hostilités entre les deux Chines.

A l'issue d'une rencontre de deux heures qualifiée de franche et cordiale, le chef de file de l'opposition nationaliste taiwanaise, Lien Chan, et le président chinois, Hu Jintao, ont convenu de coopérer pour mettre un terme à l'hostilité et prévenir tout conflit armé entre Taipeh et Pékin.

"Les deux parties coopérerons dans le but de favoriser la reprise de négociations aussi rapidement que possible (...) et la fin d'une situation d'hostilité afin de créer les conditions de la paix", a déclaré le porte-parole de Lien au cours d'une conférence de presse.

Le KMT a été au pouvoir en Chine avant d'en être chassé par les communistes de Mao Zedong en 1949. Réfugiés à Taiwan, les membres du KMT ont dirigé les affaires taiwanaises jusqu'à leur défaite en 2000 et 2004 face aux indépendantistes du président Chen Shui-bian.

Pékin considère Taiwan comme une province rebelle et menace d'envahir l'île si elle déclare son indépendance.

Le Kuomintang défend, à terme, le principe d'une réunification entre Taiwan et une Chine devenue démocratique. Chen défend un programme indépendantiste.

Chen a plusieurs fois fait part de sa préoccupation quant aux contacts entre l'opposition et Pékin.

"Nous sommes déçu qu'il (Lien) se soit rendu dans un pays ennemi et qu'il n'ait pas exprimé la position de la majorité du peuple taiwanais, qui est que Taiwan est un pays indépendant et souverain, a déclaré Chen Chin-jun le président du groupe parlementaire du Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir à Taiwan.

"Il n'a pas insisté sur cet aspect des choses, ventant au contraire les mérites d'une Chine réunifiée. Mais que fait-il dans tout cela des sentiments du peuple taiwanais?" s'est interrogé Chen Chin-jun.

Lien a répliqué en affirmant que la balle était désormais dans le camp du DPP et du président Chen.

VERS UN MARCHE COMMUN

"Je pense qu'une porte a été ouverte. Comment construire un nouvel avenir, avancer dans une nouvelle voie en passant par cette porte? Je crois que le parti au pouvoir doit prendre ses responsabilités", a déclaré Lien.

Le dialogue que le KMT et les autorités communistes de Pékin s'étaient engagés à renouer était au point mort depuis 1999.

Les deux délégations sont aussi tombés d'accord pour entamer des négociations en vue de la création d'un marché commun entre Pékin et Taipeh. Lien n'a donné aucune précision. Mais selon certains observateurs, le projet pourrait en pratique signifier une exemption de droits de douanes pour les importations en provenance de Taiwan.

Cette perspective d'une suppression des droits de douanes sur les importations pourrait permettre au Kuomintang de se concilier les faveurs des partisans de Chen dans le sud de l'île, à dominante agricole.

Les deux parties sont aussi tombées d'accord pour que des mesures soient prises afin de renforcer et de mieux garantir les investissements et les échanges de part et d'autre du détroit de Taiwan ainsi que les exportations agricoles de l'île vers le continent.

"Nos deux parties (...) doivent montrer au monde que le peuple chinois a la capacité et la sagesse de surmonter ses contradictions et ses difficultés", a déclaré Hu avant le début de sa rencontre à huis clos avec Lien.

Lien avait auparavant, dans un discours devant les étudiants de l'Université de Pékin, appelé la Chine à mettre en ouvre des réformes politiques.

"Il y a encore de grandes marges de progrès dans le rythme et l'ampleur des réformes politiques sur le continent" a déclaré Lien dans son discours retransmis par la télévision chinoise. Il a toutefois souligné que Pékin avait organisé des élections à l'échelon local.

Le visite de Lien intervient après l'adoption en mars dernier par Pékin d'une loi anti-sécession permettant aux autorités chinoises de recourir à la force contre Taiwan en cas de proclamation d'indépendance.

Dans son discours à l'Université de Pékin, Lien a plaidé pour que ni Taipeh ni Pékin ne remettent en cause le statu quo régissant leurs relations et assurant la paix depuis maintenant près de six décennies.

Lien, ovationné à son arrivée à l'Université de Pékin où il a fait ses études, a salué la mémoire de Chiang Ching-kuo - ancien dirigeant du KMT - qui avait jeté les bases de la libéralisation politique dans l'île en supprimant la loi martiale et du "miracle économique" taiwanais par une série de réformes.

La Chine revendique la souveraineté sur Taiwan depuis la sécession de l'île, à la fin de la guerre civile chinoise en 1949, et les deux parties n'ont jamais conclu d'accord de paix.

Source : Reuters

Publié dans Nouvelles de Chine

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