Japon-Chine-Corée : rencontre sino-japonaise après un mois de crise diplomatique

Publié le par Louis Selapa

Le chef de la diplomatie japonaise Nobutaka Machimura devait longuement rencontrer samedi soir son homologue chinois Li Zhaoxing, après un mois de grave crise entre les deux géants d'Asie de l'Est et au lendemain d'un certain apaisement des tensions entre Tokyo et Séoul. Les deux ministres des Affaires étrangères ont prévu de se parler pendant une heure et demie dans la soirée à Kyoto (ouest du Japon), au terme d'une réunion de l'ASEM, un forum de dialogue rassemblant les 25 membres de l'Union européenne et 13 pays d'Asie.

MM. Machimura et Li s'étaient déjà rencontrés le 17 avril à Pékin, au moment même où des milliers de Chinois manifestaient parfois violemment à travers le pays pour protester contre la réédition, au Japon, d'un manuel scolaire d'histoire accusé de minimiser les atrocités commises par l'armée impériale nippone en Asie dans les années 1930 et 1940. Le vice-ministre des Affaires étrangères chinois Wu Dawei avait alors estimé que les deux pays vivaient "la période la plus difficile depuis l'établissement de relations diplomatiques en 1972".

La tension était cependant retombée d'un cran le 22 avril, quand le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi avait réitéré publiquement des "excuses sincères" pour l'attitude du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait pu ensuite rencontrer le président chinois Hu Jintao. Les manifestations anti-japonaises se sont depuis calmées en Chine, et Pékin a bloqué plusieurs sites internet anti-nippons. Derrière cette controverse à connotation historique et patriotique se cachent d'autres pommes de discorde entre Tokyo et Pékin, à commencer par l'ambition du Japon de décrocher un siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

La Chine s'oppose vivement à cette revendication en arguant du fait que le Japon, allié indéfectible des Etats-Unis dans la région, ne s'est pas encore assez amendé de son passé colonial et militariste pour prétendre à un rôle accru sur la scène internationale. De son côté, Tokyo, qui craint l'essor militaire de la Chine, est farouchement opposé, au nom de la stabilité géopolitique en Asie orientale, à la levée de l'embargo européen sur les ventes d'armes à la Chine, en vigueur depuis le massacre de Tiananmen en 1989.

A cette liste de fâcheries s'ajoutent encore des disputes territoriales concernant des îlots et des champs gaziers en mer de Chine, ou encore à propos du tracé d'un oléoduc en projet en Russie pour acheminer le pétrole de Sibérie vers l'océan Pacifique. Avant sa rencontre avec M. Li, M. Machimura a marqué un point lors d'un tête à tête avec son homologue sud-coréen Ban Ki-Moon. Tokyo et Séoul ont fait savoir qu'ils maintenaient leur engagement d'un sommet semestriel entre leurs deux Premiers ministres. Ce sommet se tiendra fin juin à Séoul. Des doutes avaient surgi ces dernières semaines quant au respect de cette fréquence semestrielle, la Corée du Sud s'étant également irritée de la réédition du manuel scolaire controversé au Japon. Un désaccord concernant la souveraineté de deux îlots en mer du Japon pimente la querelle.

M. Ban a cependant déclaré vendredi à M. Machimura que son pays avait apprécié les excuses formulées par M. Koizumi le 22 avril. Les chefs de la diplomatie chinoise, japonaise et coréenne ont tenu samedi à Kyoto une réunion à trois, à l'issue de laquelle ils ont, dans un communiqué, "réaffirmé leur engagement de renforcer leur coopération trilatérale", sans aucune allusion à leurs multiples points de désaccord.

Source : AFP

Publié dans Nouvelles de Chine

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