Espoir déçu cinq ans après les retrouvailles inter-coréennes

Publié le par Louis Selapa

Il y aura cinq ans mercredi, avaient lieu les premières retrouvailles entre Coréens du Nord et du Sud, événement qui avait soulevé un immense espoir dans la population et commencé à panser des plaies toujours pas cicatrisées des familles séparées depuis un demi-siècle. Cet espoir est bel et bien retombé aujourd'hui, la ligne de démarcation entre les deux Corée demeurant toujours aussi infranchissable.

Han Ham-youn se souvient de ce jour de décembre 1950 lorsque sa famille s'est retrouvé séparée. La Chine était entrée à son tour dans la guerre de Corée et son offensive avançait vers le Sud, provoquant un véritable exode de la population fuyant son offensive. Dans le port de Heungnam en Corée du Nord, les bateaux étaient pris d'assaut. La place manquait et la priorité était donnée aux soldats et au matériel de guerre. Han avait alors 17 ans. Etant en bonne condition physique et célibataire, il avait été accueilli à bord, laissant ses parents derrière lui.

"C'est la dernière fois que je les ai vus", dit-il en éclatant en sanglots.

Des quasi-orphelins comme lui, il y en a plusieurs dizaines de milliers en Corée du Sud. L'immense majorité n'a plus eu de nouvelles de leur famille depuis 55 ans. Il n'y a en effet aucune liaison postale ou téléphonique entre les deux parties de la péninsule séparées par la dernière frontière de la guerre froide. Han suppose que ses parents sont morts mais il se demande ce qu'est devenu le reste de sa famille, en particulier son jeune frère. Seul son aîné, Han Kyeong-hak, âgé de 83 ans, a réussi lui aussi à gagner le Sud.

Ce terrible état de choses était censé changer après le sommet historique du 15 juin 2000 qui avait vu le numéro un nord-coréen Kim Jong Il serrer la main du président sud-coréen d'alors, Kim Dae-jung. Un accord avait alors été conclu qui avait permis à près de 10.000 Coréens de se revoir pour de brèves retrouvailles étroitement encadrées par les autorités. Mais c'était mieux que rien et cela entrouvrait une porte dans un mur jusqu'alors infranchissable.

Mais il n'y a pas eu d'autre sommet, la crise sur les ambitions nucléaires nord-coréennes s'est aggravée et le dialogue Pyongyang-Séoul ne progresse plus guère.

Sur les 120.000 Sud-Coréens qui souhaitent retrouver leurs proches restés au Nord, la majorité est âgée et le temps presse.

En novembre, les Croix-Rouge du Nord et du Sud se sont rencontrées dans une station de montagne en Corée du Nord pour y réfléchir à la création en ce lieu même d'un centre de retrouvailles permanent. Mais le mois suivant, à la veille du début des travaux d'aménagement, Pyongyang a annoncé la suspension du projet sine die.

Les frères Han sont désespérés et se raccrochent maintenant au projet imaginé par Séoul de filmer les survivants et de mettre ces documents sur Internet. Avec l'espoir un peu vain qu'ils pourront être vus en République populaire démocratique de Corée où les ordinateurs ne courent pas les rues.

"Quel péché ai-je commis pour vivre comme ça, séparé de ma famille pour ne jamais la revoir?", demande Han Kyeong-hak, la voix brisée par l'émotion.

Les frères Han auraient pourtant tout pour couler une retraite heureuse: Ham-youn a fait carrière à l'université et Kyeong-hak a dirigé une compagnie de transports. Ils espèrent vivre encore assez longtemps pour revoir leur plus jeune frère.

A condition que les choses n'empirent pas dans la péninsule. Les frères Han ont peur que les projets nucléaires du Nord ne conduisent à une nouvelle guerre et ils estiment du devoir du Sud d'oeuvrer en faveur de l'amélioration de la vie des Coréens du Nord. "Nous ne devons plus jamais pointer nos armes sur nos frères et neveux", dit Han Kyeong-hak.

Source : AP

Publié dans Nouvelles de Corée

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