Le berceau du maoïsme mise sur le "tourisme rouge"

Publié le par Louis Selapa

Passer une nuit dans une grotte ne figure pas au programme de la plupart des brochures d'agences de voyage, mais la ville de Yan'an, au fin fond du Shaanxi, espère faire fortune grâce aux "touristes rouges" désireux de revivre l'épopée des pionniers du communisme chinois.

Yan'an fut une retraite poussiéreuse mais sûre pour Mao Zedong de 1935 à 1947 et c'est là qu'il a conçu son grand mot d'ordre, "servir le peuple", là qu'il a fait du Parti communiste une force de combat à même de remporter la guerre civile. Mais depuis que ses combattants sont partis, le principal secteur d'activité de Yan'an reste la nostalgie et la curiosité.

2005 ayant été déclaré "Année du tourisme rouge" - consistant en des visites des hauts lieux du communisme chinois, là où les héros sont nés, ont vécu ou combattu - la municipalité de Yan'an espère accroître sensiblement ses revenus.

"Ce n'est qu'en comprenant l'histoire que l'on peut améliorer l'avenir", explique le maire de la ville, Zhang Shenian, en détaillant un plan de 21 milliards de yuans (2,5 milliards de dollars) visant à moderniser les musées de Yan'an, ainsi que les liaisons aériennes et routières avec le reste de la Chine, pour mieux attirer les nostalgiques du maoïsme.

"Nous sommes l'une des bases révolutionnaires de la Chine (...). Mais nous vivons ici, aussi, et par conséquent, nous devons nous en servir pour développer l'économie", ajoute Zhang.

Parmi les attractions que propose la ville, un hôtel trois étoiles dans des grottes, des objets divers dédiés au culte de Mao, qui vont du porte-clés aux bustes grandeur nature.

Financièrement, les 3,9 millions de touristes qui sont venus l'année dernière à Yan'an, dans le Shaanxi, une des provinces du Nord, sont une manne potentielle pour relever le niveau de vie d'une région où le revenu moyen, dans les villes, n'est que de 6 334 yuans (765 dollars) par an.

NOSTALGIQUES

Bien que le centre compte deux hauts immeubles et un grand magasin tout clinquant, Yan'an semble attendre désespérément les investisseurs.

Au mémorial de la Révolution, un mur chaulé isole les foules de soldats, de cadres et d'anciens combattants des bidonvilles que les révolutionnaires communistes luttaient pour anéantir. Des enfants au visage sale jouent dans des allées boueuses ; une toile de fils électriques s'est tissée au-dessus des habitations et derrière des toilettes publiques, des égouts se déversent dans un fossé.

Le "tourisme rouge" est jusqu'à présent un tourisme de groupes, rares sont les visiteurs isolés. On voit beaucoup de militaires, des étudiants et des cadres, explique un membre du parti, qui, depuis neuf ans, fait visiter les grottes où avaient vécu Mao, Zhou Enlai et d'autres héros du parti.

Trois mille visiteurs défilent ici chaque jour, en moyenne. Pour certains, ce n'est qu'un arrêt de plus dans un circuit au coeur de l'histoire chinoise.

"Nous avons visité le musée de l'armée de terre cuite (près de Xian) et le mausolée de l'empereur jaune", explique un agent maritime de Nankin, qui faisait allusion à l'un des fondateurs légendaires de la civilisation chinoise.

"Mao est l'une des grandes personnalités de notre histoire (...). Aussi voulions-nous venir aussi ici", ajoute ce touriste.

"Mao était un grand homme. J'attends avec impatience le nouveau musée", estime une enseignante de Yan'an née en 1966, à l'aube de la Révolution culturelle, et prénommée de ce fait "Garde rouge".

Source : Reuters

Publié dans Chinoiseries

Commenter cet article